« 23 novembre 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 368-369], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7200, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 23 novembre 1855, vendredi, midi ¼
Cher adoré bien-aimé, à défaut du soleil absent, je t’envoie mon plus
doux sourire ; tu as déjà tout mon cœur et toute mon âme que je te donne
pour te garder de tout mal et te préserver de tout chagrin en cette vie
et dans l’autre.
Comment as-tu passé la nuit, mon cher petit
homme ? Quant à moi, j’ai été en proie à l’insomnie la plus énervante et
je croyais presque ne pouvoir pas me lever tant j’étais courbaturée et
fiévreuse. Mais depuis que je me suis secouée et que j’ai déjeûné il n’y
paraît plus et j’ai presque l’air d’une personne naturelle. Je suis sûre
même que je serais très JOLIE si tu me promettais de dîner avec moi ce
soir. Telle est l’influence du bonheur sur moi. Malheureusement je sais
que cela n’est pas possible à tous les points de vue. Aussi je me
résigne en murmurant, en murmurant. Pour me consoler, je vais achever de
copire la chose du gros
Charlot1 mais ça ne fait toujours pas mon
compte. J’ai eu tout à l’heure l’occasion d’être très aimable avec le
JuvénalCahaigne en échangeant un
bonjour avec lui, ce dont il a paru touché. Jusqu’à présent je n’ai pas
beaucoup compris l’antipathie quasi hautaine du petit Préveraud à l’endroit de ce
classique démocrate. Quant à moi, je tiens à rester en parfaite
politesse avec ce SUSCEPTIBLE bonhomme afin de n’avoir rien à démêler
avec son amour-propre plus ou moins rancunier. Ai-je bien fait mon
maître ? Oui, grosse Juju. Merci. En attendant, je m’épêche autant que
me le permet l’accès sternutatoire qui s’est emparé de moi depuis cinq
minutes et qui fait pouffer de rire la petite Préveraudea2. ATCHI ! ATCHI ! ATCHIIIIb ! Voilà mon mouchoir tout mouillé, c’est donc
amusant ? Prenez garde d’en faire autant, mon cher petit homme, en vous
exposant au brouillard et au froid. Tâchez bien plutôt de venir vous
sécher ici et vous réchauffer à force de baisers et d’amour.
Juliette
1 Juliette fait aussi de la copie pour Charles Hugo, arrivé à Guernesey le 2 novembre.
2 Juliette désigne ainsi Mme Préveraud.
a « Préverote ».
b Quatre I courent jusqu’à la fin de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.
- 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
- 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes. - 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
- 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
- 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
- 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.
